Bâtir sa crédibilité

Jeune et patronne. Et alors?

5 octobre 2017
Rédaction: Claire-Marine Beha

Jeune. Patronne. Pas forcément facile au quotidien. Le syndrome de l’imposteur peut venir frapper à notre porte. Certains employés plus âgés ont parfois tendance à ne pas nous prendre au sérieux ou bien à user de paternalisme. Et des clients ou partenaires peuvent venir mettre à mal notre crédibilité.

Mais que signifie aujourd’hui d’être jeune et patronne?

Trois femmes aux parcours distincts ont accepté d’offrir leurs conseils, et surtout, de transcender les constats désolants pour – enfin – dédramatiser et s’épanouir dans ses responsabilités.

Des critiques inéluctables

« Générationnellement parlant, on a déjà fait beaucoup de chemin, tient à préciser Andréanne Isabelle Poitras, 30 ans, vice-présidente et associée à Dada Communications. Mais on vit forcément du sexisme quand on est une jeune femme patronne. Il y a souvent la question du “est ce que cette personne-là est crédible?”, “Est-ce que c’est parce qu’elle avait des connexions qu’elle est montée si vite?” »

Mais que cela soit clair, devenir patronne, jeune ou pas d’ailleurs, implique des critiques, des attaques et des essais-erreurs auxquelles il faut absolument s’attendre. « Ça vient avec le travail! », nous rappelle Janie Duquette, qui a été la patronne des productions Donald K. Donald alors qu’elle n’avait que 30 ans.

S’assumer, sans compromis

« Je voulais tellement faire ma place lorsque je suis devenue patronne, que j’avais tendance à ne pas dire assez non. Car on veut être aimé et dire non, ce n’est pas populaire », se rappelle Janie Duquette. Ce qui l’a finalement fait grandir? Lorsqu’elle a réussi à enlever son costume et a cessé de jouer un rôle. Car « jouer au patron », ça ne passait pas, il lui a fallu rester elle-même, dire oui et non à sa façon sans décorum.

Cette tendance à vouloir endosser un rôle est très symptomatique du fait que les femmes patronnes, et jeunes de surcroît, sont un « spécimen » encore très récent dans le monde du travail. C’est à présent aux femmes de déterminer ce que signifie pour elles être une boss, au féminin. « Si les femmes essayent de faire comme les hommes, ça ne marche pas! », affirme l’ancienne gérante d’artistes. Pour dépasser les doubles standards et les préjugés, ils nous faut imposer notre vision des choses.

S’assumer en tant que jeune femme patronne, c’est faire face à de potentielles discriminations, certes, mais c’est surtout disposer de quelques qualités propres à la génération des femmes de 20-35 ans. Pour Kim Paquette, âgée de 28 ans et qui a pris la succession de l’entreprise familiale Robert Paquette Autobus à l’âge de 23 ans, être une jeune femme permet de créer de la proximité, des liens, et de développer son réseau grâce à l’intelligence émotionnelle. « Si les gens veulent nous sous-estimer, c’est à nous de retourner le problème et de s’en servir comme d’un avantage. On leur semble moins menaçante, donc les gens s’ouvrent beaucoup plus, parle davantage et sont enclins à faire des concessions », pense-t-elle.

Kim confie que le fait d’être une jeune femme l’a aidé dans son réseau de contact en tant que décisionnaire. « Pas dans le sens où étant une fille, tu charmes les autres, non! Mais dans le sens où on peut avoir des conversations autres que juste business. Beaucoup de gars parlent uniquement affaire tandis que les femmes se permettent d’aborder d’autres sujets et ça permet de créer des liens plus serrés pour ensuite exploiter davantage ces relations professionnelles. »

Bien évidemment, se remémorer que nous sommes ici car nous avons des diplômes, des expériences, des idées brillantes, du potentiel et surtout, les compétences requises, demeure essentiel.

Faire preuve de flexibilité

S’il parait nécessaire de rester soi-même, Andréanne aborde une autre facette qui peut aider les jeunes femmes gestionnaires : l’adaptation à leurs interlocuteurs. Cela permet de mieux travailler avec des personnes plus âgées que soi et de repousser certaines critiques propres au clash générationnel.

« C’est sûr que quand ton client est un homme baby-boomer, on est dans une façon de travailler plus traditionnelle. Et cette manière-là de faire c’est tellement loin de notre manière à nous! Mais s’adapter aux codes de la génération à laquelle on parle, c’est l’une des clefs du succès, explique Andréanne. Tenter de comprendre son interlocuteur et adapter un peu son langage. Que j’aie 30 ans ou pas, je vais m’adapter. »

Devoir se confronter à des attaques ou des comportements moins favorables demeure également une façon de puiser dans ses propres ambitions et de les faire valoir. Certaines tensions à notre égard forgent notre caractère et nous amènent à nous dépasser pour prouver notre valeur. « Ça me motive encore plus à bien faire mon travail. Ça me donne envie d’arriver au prochain meeting toujours plus solide. Je prends les non comme des challenge, ce sont des accomplissements qui valent de l’or », analyse-t-elle.

Transformer les embûches en forces

En effet, les trois femmes s’entendent sur le fait de ne pas se laisser définir par leur situation. « Oui je suis une femme, une femme jeune, mais pour moi ça ne fait aucune différence. Il ne faut pas partir dès le départ avec des préjugés qu’on se met nous-mêmes. Il faut laisser faire le côté femme, jeune, et miser sur nos compétences! », indique Kim.

Même son de cloche pour Janie Duquette qui aborde la problématique des jalousies envers la réussite d’une jeune femme : « Il y a sûrement eu des jalousies envers moi et bien que je ne l’ai pas su sur le coup, ma réussite a coupé l’herbe sous le pied d’hommes jeunes qui espéraient mon poste à l’époque. Mais ma force, ça a été de ne jamais focuser là-dessus. »

Prendre le négatif comme une opportunité, peu importe la situation , est sans doute la plus intéressante des résiliences pour ces trois patronnes.

Qui dit jeune âge dit parfois plus de susceptibilité, et avec raison, puisque débuter sa carrière en plus d’avoir la responsabilité d’une équipe constitue un véritable défi. « Ne jamais oublier qu’une critique professionnelle, ce n’est pas une critique personnelle! Et les hommes ont parfois moins cette tendance à penser qu’ils ne valent rien s’ils reçoivent une critique au travail. On est des êtres plus proches de nos émotions, et ça peut être un couteau à double tranchant, alors il faut se rappeler cela quand on débute », termine Andréanne.

L’entraide plutôt que le sentiment d’imposteur

Enfin, l’entraide revient dans le discours d’Andréanne, Janie et Kim. Si Janie Duquette travaille publiquement depuis plusieurs années à ce que les femmes se soutiennent, elle pense aussi que cela permet de contrer le sentiment d’imposteur. « On peut vivre beaucoup de solitude dans ces rôles-là, tisser des alliances aide à mieux naviguer. Tu te sens moins imposteur quand tu rencontres du monde qui vit la même affaire que toi », précise-t-elle.

Kim, quant à elle, s’estime chanceuse puisque c’est son père qui lui a passé le flambeau et a réussi une transition en prêtant attention à ses idées et ses avis. « Ça prend des gens qui laissent la place aux jeunes, aux femmes! Pour certains ça peut être menaçant car les jeunes amènent plein de nouvelles idées », déclare Kim.

Tout compte fait, si la pleine confiance s’acquiert petit pas par petit pas, il ne faut pas minimiser notre potentiel d’adaptation, l’envie de nous améliorer, notre ambition et la possibilité de nous épanouir en tant que jeune femme. Assumons ce rôle crucial de patronnes en herbe qui forge les grandes leaders d’aujourd’hui et demain. « I’m not bossy, I’m the boss! »