Confiance en soi

La voix du découragement

27 octobre 2016
Rédaction: Jannick Bouthillette

J’ai une amie qui me tient compagnie dans tout ce que j’entreprends. Elle m’est fidèle depuis de nombreuses années. Je peux toujours compter sur elle pour me ramener sur le droit chemin lorsque je m’égare dans mes rêves de grandeur.

À la fin de mes études, elle m’a judicieusement conseillée de ne pas m’aventurer dans la voie trop ambitieuse de la pratique privée comme avocate. Saurais-je maîtriser les rouages de l’appareil judiciaire et conseiller adéquatement mes clients? Elle en doutait.

Alors que je travaillais en édition juridique, mon patron – au moment où il a quitté l’entreprise – m’a demandé, le plus sérieusement du monde (et à deux reprises) si j’envisageais postuler pour occuper son poste. Selon lui, j’avais les qualités requises. J’ai éclaté de rire. Pas eu besoin de consulter mon amie très longtemps. On était d’accord : je manquais cruellement de compétences.

Dès les premiers instants où j’ai développé Profession’ELLE, ce projet m’a passionnée. J’ai passé des heures à en définir le contenu, à repérer la compétition, à solliciter des entrevues pour un magazine qui n’existait pas encore. Durant ces nombreux mois de flou, mon amie continuait de me conseiller, mais tout occupée que j’étais à donner forme à ce projet insensé, je ne l’écoutais pas beaucoup. Elle avait beau me dire que je n’avais pas l’âme d’une entrepreneure, que je ne connaissais rien au Web et qu’on pouvait déjà trouver tout le contenu nécessaire en quelques clics, ma pauvre amie parlait dans le vide!

Pourquoi cette fois-ci, j’avais décidé de ne pas l’écouter? Difficile à dire. J’en avais probablement assez de ne pas me réaliser professionnellement à ma pleine mesure. J’étais surtout passionnée par un projet plus grand que moi. Un projet qui rejoignait mes valeurs. Un projet qui me donnait le sentiment de me rendre vraiment utile.

Depuis plus d’un an, mon amie continue d’être une bien mauvaise conseillère. Toujours présente, mais moins influente.

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Je suis certaine que vous connaissez très bien cette amie. En fait, je la sais très populaire chez la gent féminine. Cette petite voix, trop souvent présente pour vous dire : « Tes attentes sont exagérées! Tu es trop jeune et inexpérimentée pour poser ta candidature à ce poste. Qui voudra te lire si tu publies tes textes? »

Cette voix mauvaise conseillère, elle vous freine sans doute aussi beaucoup trop souvent.

Vous souhaitez obtenir de nouvelles responsabilités ou encore poser votre candidature à un nouveau poste, mais votre amie imaginaire vous convainc que ce n’est pas encore le bon moment, que vous n’avez pas toutes les compétences requises, qu’une personne au sein de l’organisation devrait l’obtenir avant vous.

Vous vous dites que vous devriez négocier votre salaire lors d’un nouvel emploi, mais votre meilleure ennemie trouve votre idée bien déraisonnable. En quoi votre expérience mérite-t-elle une rémunération plus élevée? Pourquoi prendre pour acquis que l’on pourrait vous offrir davantage?

Pire, imaginez que cette voix soit plutôt celle de vos parents, de votre conjoint ou de vos amis vous disant qu’il serait insensé de quitter votre sécurité d’emploi pour un poste moins prestigieux, voire moins payant. Qui écouter? Votre instinct ou la voix de la raison.

Parfois, on accorde même de l’importance aux articles de journaux ou de magazines nous expliquant – à grand coup de statistiques – pourquoi la majorité des gens ne sont pas faits pour l’entrepreneuriat. Dernièrement encore, je lisais deux textes où l’on affirmait de manière catégorique que le démarrage d’une entreprise ne peut se faire à temps partiel ou encore que cela exige définitivement de renoncer à une vie sociale et familiale.

Si je décidais d’accorder la moindre importance à ces grandes vérités, j’aurais déjà fermé ProfessionELLE. Bien sûr que j’ai commencé à temps partiel. Rare sont ceux qui peuvent se permettre de tout quitter pour entreprendre leur rêve. Je sais que je ferai le saut – plus tôt que tard – pour me consacrer entièrement à mon entreprise. Mais se donner du temps pour bien mesurer nos décisions n’est nullement le signe d’une déroute entrepreneuriale assurée!

Êtes-vous de ceux (comme moi) qui croit qu’on accorde une importance DÉMESURÉE aux qu’en dira-t-on? Je ne parle pas des conseils avisés et désintéressés que certains nous offrent pour continuer d’avancer. Je parle de tous ces gens qui savent ce qui est bon pour nous. Le choix que nous devrions privilégier. L’erreur à éviter. Maintenant, si vous y ajoutez vos propres doutes, vos nombreuses discussions intérieures pour freiner vos rêves et vos envies, vous comprendrez aisément pourquoi vous vous sentez paralysé par le doute au point de préférer le statu quo.

Alors, aujourd’hui, ce que j’ai envie de vous dire tient à très peu de mots : pour vous diriger dans la voie qui vous motive, vous devrez accorder le moins d’importance possible aux voix discordantes, qu’elles soient intérieures ou extérieures. Faites-vous confiance : demandez votre augmentation salariale, appliquez sur ce poste pour lequel vous n’avez que 60% de compétences, faites le saut vers l’entrepreneuriat même si personne autour de vous ne l’a jamais fait auparavant.

Votre meilleure ennemie pourrait même finir par se taire. Ou, à tout le moins, se cacher discrètement dans un coin.