Chronique

À quoi ça sert de l’écrire?

20 novembre 2018
Rédaction: Mélanie Thivierge

Il y a de cela bientôt deux ans maintenant, je réfléchissais à mon avenir professionnel. Après plus de 15 ans dans le monde hyper stimulant des médias, à l’aube de ma quarantaine, je me questionnais sur la « prochaine étape » de mon parcours.

J’étais heureuse au sein de mon équipe, dans mon rôle, mais certaines questions tournaient en boucle dans ma tête : « Comment utiliser ce que je sais, ce que j’ai appris, dans un autre contexte, ailleurs? Est-ce que mon bagage a une valeur certaine sur le marché de l’emploi? Est-ce réaliste de penser le transférer? Et où? » Mais la question de fond, celle qui ne me lâchait pas même quand je menais des projets fascinants, c’était « Quel rôle pourrais-je jouer dans la société, qui utiliserait mes forces et qui aurait de l’impact? ».

Prise dans le tourbillon du quotidien, comme tout le monde, j’ai laissé les jours, les semaines puis les mois passer. Parce que je le répète, je n’étais pas malheureuse. J’avais des collègues fabuleux, des responsabilités grisantes, la confiance de mes patrons. Mais le « mais » me taraudait.

Au bout d’un moment, lasse de jongler avec les mêmes idées qui ne me quittaient pas, j’ai ouvert un document Word et j’ai dressé une liste de gens que j’avais envie de rencontrer, de projets que je rêvais de mener, de défis que je souhaitais relever. Portée par un élan, j’ai tout écrit, sans trop réfléchir, et surtout, sans me censurer. J’ai mis de côté la crainte que quelqu’un lise par-dessus mon épaule (et critique mes aspirations), j’ai fait fi de ma petite voix intérieure (qui me disait que je me prenais pour une autre).

J’ai déposé mes flashs d’un jet, comme pour libérer mon cerveau qui roulait trop vite depuis trop longtemps.

Cette liste a été le point de départ d’une série de rencontres et de discussions qui, toutes (sans exception!), allaient marquer mon prochain chapitre professionnel. Des personnes qui m’ont aidée à réfléchir, qui m’ont posé les bonnes questions, qui m’ont challengée. L’une d’elles allait devenir une mentore informelle; une autre, une future collaboratrice. Une autre allait même me référer, plus d’un an plus tard, pour une opportunité professionnelle en or (et qui, oui, se trouvait sur ma fameuse liste!).

Quelque temps plus tard, alors que les rencontres se succédaient et que mes pensées se précisaient, j’ai ouvert un cahier pour y écrire quelque chose comme « Occuper un poste de gestion de haut niveau dans une organisation de premier plan créatrice de valeur, afin d’y mettre à profit ma créativité, mon sens de l’engagement et mes talents de communicatrice ».

J’ai déposé le cahier… et j’ai oublié cette phrase.

Fin octobre, j’ai célébré mon premier anniversaire comme présidente et directrice générale du Y des femmes de Montréal. Chaque jour, je contribue activement à soutenir une équipe de quelque 80 employées et 400 bénévoles qui travaillent avec cœur pour bâtir un avenir meilleur pour les filles, les femmes et leurs familles. J’utilise ma voix pour porter la voix des femmes, je cherche des solutions à des enjeux complexes, je me sens utile.

J’ai retrouvé ce cahier alors que j’étais en poste depuis quelques mois. Un grand frisson m’a littéralement traversée l’échine. Tout y était. Au moment d’écrire cette phrase, je ne connaissais pas la forme que ma prochaine étape professionnelle allait prendre, mais force est d’admettre que j’en cernais déjà très bien l’essence, les valeurs, les fondements.

Parfois, une partie de moi trouve qu’il y a trop de coachs pour nous dicter quoi faire, trop de spécialistes pour nous intimer de poursuivre nos rêves. Alors que l’année s’achève, nous verrons partout des stratégies pour commencer l’année du bon pied, pour se créer une année 2019 qui nous ressemble, pour nous inciter à relever des prochains défis. Parfois, je trouve que ça fait beaucoup, toutes ces recettes. Mais le plus souvent, je repense à ma liste rédigée sous le coup d’une impulsion et à cette affirmation notée dans un cahier, et je me dis que de prendre le temps d’écrire ce qui nous fait rêver, ça peut nous réserver de très, très grandes surprises.

À vos crayons?