Parlons d'argent

Perdre 500 000$ en non-négociation

6 octobre 2016
Rédaction: Katia Vermette

À tout juste 22 ans, Julie vient de terminer ses études en biologie médicale. Diplôme en poche, elle espère maintenant trouver un emploi dans son domaine. Le salaire et les conditions de travail lui importent peu. Tout ce qu’elle désire, c’est faire son nom, acquérir de l’expérience et se frayer un chemin vers son emploi de rêve.

Après avoir survécu à quelques entrevues, un employeur lui offre finalement sa chance. Lors du processus d’embauche, Julie ne négocie pas son salaire ni ses conditions de travail. À quoi bon demander plus alors qu’on ne la connait pas? Pourquoi prendrait-elle le risque d’être perçue comme une employée exigeante, alors qu’elle n’a pas encore fait ses preuves?

De toute évidence, ce n’est pas quelques milliers de dollars de plus à son salaire annuel qui changeront le montant de son chèque de paie. Et pourtant…

Julie accepte donc ce qu’on lui propose. Sans négocier.

Elle ne demandera pas davantage lorsqu’on lui imposera de nouvelles responsabilités ou des tâches supplémentaires. Ni lors de son évaluation annuelle. Et, une fois qu’elle aura fait ses preuves et acquis une solide expérience de travail, elle trouvera un autre emploi à la hauteur de ses attentes. Mais toujours sans négocier. À quoi bon? L’employeur offre sans aucun doute le meilleur salaire possible considérant son expérience et ses compétences. Et peu importe, on saura bien récompenser son bon travail et son dévouement un jour ou l’autre.

Vous vous reconnaissez dans l’histoire de Julie? Vous vous demandez donc sûrement combien elle aura perdu en non-négociation à la fin de sa carrière? Ou plutôt… combien vous aurez perdu?

Le prix de la non-négociation

Linda Babcock, qui a coécrit avec Sara Leschever le livre Women don’t ask, s’est prêté à une petite analyse de la situation. Comparons donc Julie avec Martin, également âgé de 22 ans, tout juste diplômé de la même faculté que notre jeune demoiselle et possédant des compétences équivalentes. On propose à chacun le même salaire de départ : 25 000$. Martin négocie son salaire et obtient 30 000$. Julie, vous vous en souviendrez, a accepté l’offre telle quelle. Chaque année, tous deux se voient offrir une augmentation annuelle de 3%. Martin négocie son augmentation à la hausse, contrairement à Julie. À l’âge de 60 ans, Julie gagnera annuellement 76 870$ alors que Martin profitera de 96 243$. Une différence non négligeable de près de 20 000$.

Mais ce n’est pas tout…

À sa retraite, Martin aura amassé 361 171$ de plus que Julie. En plaçant chaque année le surplus qu’il reçoit dans un compte épargne avec rendement de 3%, Martin aura accumulé 568 000$ de plus que sa consœur à la fin de leurs carrières respectives.

Un demi-million de dollars volatilisé pour ne pas avoir osé demander!

La parité salariale : une illusion?

Pour expliquer la parité homme-femme au sein de son cabinet des ministres lors des dernières élections fédérales, Justin Trudeau répliquait : « parce qu’on est en 2015 ». Eh oui! Les femmes sont de plus en plus présentes sur le marché du travail et leurs compétences font d’elles d’excellentes leaders.



Mais qu’en est-il de la parité salariale? Un rapport de l’Organisation de coopération de développement économique (OCDE) paru en 2016 montre que, parmi les Canadiens ayant terminé des études supérieures, les femmes ne gagnent en moyenne que 72% du salaire des hommes. Pour expliquer cet écart, on avance que les femmes travaillent souvent à temps partiel et qu’elles ont davantage de responsabilités familiales. On les accuse même de choisir des carrières moins payantes.

Comparons alors des pommes avec des pommes…

À responsabilités égales, le salaire horaire des femmes était évalué, par l’Institut de la statistique du Québec en 2013, à 22,52$ chez celles qui travaillaient à temps plein. Chez les hommes, le taux horaire atteignait 25,09$ en moyenne, soit un écart de plus de 10%.

En se fiant aux tendances salariales, les femmes devront donc avoir épargné 20% de plus que les hommes pour espérer bénéficier d’un montant similaire à leur retraite. Julie peut-elle se passer de 500 000$? A-t-elle les moyens de ne pas négocier? Néglige-t-elle de penser à sa retraite?

Et vous?

Pour plusieurs femmes, négocier s’avère un exercice intimidant. Pourtant, il s’agit d’une très bonne manière d’assurer ses arrières et de profiter d’une retraite plus confortable. En développant le réflexe de négocier le plus tôt possible dans leur carrière, les femmes en viendront à être reconnues à leur juste valeur professionnelle et l’écart salarial entre les hommes et les femmes s’effacera enfin.

Si vous n’osez pas demander, personne ne défendra vos intérêts à votre place. Alors, négocierez-vous votre prochain salaire?