Conciliation travail-famille

Le partage des tâches, ça se discute

6 octobre 2016
Rédaction: Jonathan Duchesne

Nous sommes à l’ère des communications où cellulaire et réseaux sociaux dominent le monde. On échange sur toutes sortes de choses : des cuisses de Beyoncé aux petits plats de Marilou en passant par le départ de P.K. Subban. Pourtant, autour de sujets plus délicats avec l’être aimé, la communication demeure parfois un défi.

Lorsqu’un couple décide d’avoir des enfants, rarement se discute la manière dont seront gérés les imprévus. La plupart du temps, la nouvelle mère s’ajustera en renonçant, par exemple, à accepter davantage de responsabilités professionnelles pour s’occuper des enfants. À l’inverse, la question se pose peu chez l’homme. Sa carrière, sur une lancée, sera beaucoup moins freinée par l’arrivée du chérubin.

Une meilleure communication au sein du couple ainsi qu’une plus grande sensibilité du nouveau papa face à la réalité personnelle et professionnelle de sa conjointe permettrait-il de vivre moins de déchirements?

De l’importance de la communication

Avant même l’arrivée d’un enfant, communiquer ses attentes à son conjoint s’avère essentiel. Bien souvent, les parents discutent des comportements à adopter avec l’enfant. Ils réfléchissent ensemble sur le type de parents qu’ils veulent être et les valeurs qu’ils désirent prôner. Par contre, il existe trop souvent des non-dits au sein du couple, notamment en ce qui a trait à la disponibilité lors des imprévus et en fin de journée.

Dans bon nombre de cas, c’est encore la mère qui se déplace, annule un rendez-vous, quitte son emploi avant la fin de la journée ou même renonce à travailler à temps plein sans nécessairement discuter avec son conjoint des autres options possibles. Certaines semblent ne pas prendre conscience de ce phénomène. Comme le souligne Mélissa, une auditrice de l’émission de radio d’Isabelle Maréchal au 98,5 : « Je ne faisais pas partie d’un couple moderne, c’est moi qui s’adaptait toujours aux imprévus. » Un constat qu’elle a fait en prenant du recul sur sa vie de couple.

Élaborer des stratégies avec leur conjoint pour que ce ne soit pas toujours à elles à s’ajuster est un moyen d’arriver à des résultats plus équitables tout en donnant un bel exemple aux enfants. La jeune professionnelle peut alors aussi travailler des heures supplémentaires, assister à des réunions, bref, ne pas toujours choisir entre carrière et famille. Parallèlement, le conjoint ne doit pas fermer les yeux sur ces revendications, au contraire.

Des pères ambassadeurs

Les hommes ont aussi un rôle considérable à jouer puisqu’ils ne doivent pas hésiter à demander à leurs employeurs de prendre congé ou de quitter plus tôt. C’est ce que réclame Marianne Roberge, présidente et fondatrice de KOEVÄ, spécialisée en conciliation travail-famille pour les entreprises. Malgré le chemin parcouru depuis une trentaine d’années, il convient d’encourager les nouveaux pères à exprimer leur désir – mais également leur responsabilité – d’être présents à la maison en fin de journée ou lors de rencontres scolaires, de rendez-vous pour leur enfant ou des sempiternelles maladies.

Dans une entrevue donnée à l’animatrice radio Isabelle Maréchal, Christian Bélair, fondateur de CREDO et ancien président de la Chambre de commerce de Montréal, affirme que « les femmes doivent donner plus de tâches à leurs conjoints ». Il précise que « la première fois où je suis sorti avec mon enfant sans ma femme, c’était chaotique, mais je me suis ajusté pour les fois suivantes et maintenant, ça va mieux ». Il ajoute aussi qu’en discutant avec sa femme, « ils en sont venus à une entente de partage des tâches 50/50 et que les hommes ne doivent pas prendre pour acquis que les femmes seront toujours là le soir ».

Selon Marianne Roberge, ce sont à ces hommes, enclins à ce genre de changement, que revient la tâche de donner l’exemple. Selon elle, ils doivent jouer un véritable rôle « d’ambassadeurs ». Certains employeurs demeurent ancrés dans de vieux préjugés selon lesquels il revient aux femmes d’assumer les responsabilités familiales. Ces stéréotypes ne changeront que si un plus grand nombre d’ambassadeurs expriment haut et fort qu’ils souhaitent également s’engager plus activement dans la vie familiale.

Selon notre experte en conciliation travail-famille, « souvent ce sont les hommes qui mettent leurs propres barrières à l’avance autant devant les collègues que devant le patron puisque, au sein de plusieurs entreprises, c’est encore mal vu lorsque le père affirme qu’il souhaite s’occuper de sa famille ». Par conséquent, certains hommes n’osent pas demander des compromis à leur patron .

Mais l’avenir semble prometteur. Les jeunes pères sont beaucoup plus sensibles à la réalité professionnelle de leur conjointe que leurs prédécesseurs.

Une meilleure communication entre les conjoints est sans contredit un atout avant et après l’arrivée des enfants. C’est à madame de poser ses limites quant à sa disponibilité pour gérer les imprévus. Quant à monsieur, il doit comprendre que sa conjointe a aussi des objectifs de carrière qu’elle ne peut mettre de côté indéfiniment. Un équilibre dans le partage des tâches permet donc à chacun de s’impliquer plus équitablement en vue d’offrir une qualité de vie adéquate à leurs enfants tout en ne mettant pas leur carrière respective en veilleuse.

Mesdames, il n’est jamais trop tard pour commencer à exprimer ses besoins et ses attentes à son conjoint.