Modèles de réussite

Filles et sciences : incompatible?

11 août 2016
Rédaction: Katia Vermette

Bien qu’elle se soit améliorée au cours des dernières années, la représentation des femmes dans certaines branches des sciences et du génie demeure encore aujourd’hui bien inférieure à celle des hommes.

Pour expliquer cette minorité féminine, plusieurs raisons sont souvent entendues : les filles démontreraient moins d’aptitudes pour les mathématiques, elles s’intéresseraient moins aux sciences que les garçons, ces domaines leur paraîtraient trop compétitifs, etc. Pourtant, le problème est beaucoup plus complexe.

Si l’on se fie aux statistiques sur les inscriptions universitaires, les étudiantes en génie et en informatique sont minoritaires dans les universités québécoises. En 2013-2014, elles représentaient respectivement 19% et 12% des inscriptions aux baccalauréats. Et le portrait n’est pas plus reluisant sur le marché du travail : l’Ordre des ingénieurs comptait seulement 13,7% de femmes parmi ses membres en 2014-2015. Des statistiques éloquentes qui amènent à s’interroger sur ce qui éloigne les filles du génie et des sciences.

Des carrières encore méconnues

La plupart des gens peuvent facilement décrire les métiers ou les professions bien connus du grand public. Par exemple, un enseignant transmet des connaissances à ses élèves, un médecin soigne les pathologies, les maladies ou les blessures de ses patients, un pharmacien prépare des ordonnances et fournit des médicaments aux patients, etc. Mais lorsque vient le temps de décrire le travail d’un ingénieur, d’un physicien ou d’un informaticien, difficile de s’éloigner des clichés.

Basée sur les images véhiculées par la société, l’idée que l’on se fait d’un ingénieur ou d’un scientifique est bien souvent erronée. On s’imagine un nerd solitaire, le nez plongé dans ses livres à longueur de journée qui réalise un travail théorique et intellectuel, sans répercussions concrètes sur la société.

Contrairement à ce que l’on peut croire, l’aspect humain, le travail d’équipe et la créativité sont très présents dans les emplois en génie et en sciences . Alors que les filles ont actuellement plus tendance à se diriger vers des carrières où elles croient que la dimension humaine est plus présente, elles pourraient aussi bien trouver leur compte en astronomie, en informatique ou en génie.

Comme le souligne Ève Langelier, professeure à la Faculté de génie de l’Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire pour les femmes en sciences et en génie au Québec, « nous, les filles, on veut sauver le monde. On veut interagir avec les humains, on veut sauver la planète, avoir un impact direct sur les gens. Et on voit comment on peut faire ça dans plusieurs professions, mais on ne le voit pas nécessairement en sciences et en génie. »

Une question de confiance

De manière générale, les garçons sont souvent perçus comme étant meilleurs que les filles en sciences. On leur associe un esprit cartésien, logique, qui facilite leurs apprentissages dans le domaine. Pourtant, les filles obtiennent des résultats académiques similaires et plusieurs d’entre elles réussissent même mieux que leurs confrères masculins.

Les stéréotypes véhiculés par notre société peuvent-ils influencer les résultats académiques des filles? Il semblerait bien que oui. En 1999, des chercheurs ont soumis deux groupes d’étudiants de l’Université du Michigan à un même examen de mathématiques. Avant le test, on a déclaré au premier groupe que les garçons réussissaient mieux que les filles en mathématiques. Au deuxième groupe, on a affirmé que le sexe n’influençait en rien la performance académique. Résultats : les garçons ont obtenu en moyenne 20 points de plus que les filles dans le premier groupe, mais à peine 2 de plus que leurs collègues féminins dans le deuxième.

Si la société véhicule l’idée selon laquelle les garçons réussissent mieux en sciences, pas surprenant alors que les filles soient moins tentées de ramer à contre-courant pour faire carrière dans ces spécialités. Et c’est sans oublier que les filles ont souvent moins confiance en elles que les garçons. Pour les aider à persévérer vers une carrière en génie ou en sciences, elles ont donc besoin d’encouragements, non seulement de la part de leurs proches, mais aussi de leurs enseignants.

Au-delà de la confiance, les filles doivent généralement travailler plus fort que les garçons pour faire valoir leur point de vue. Comme le constate la professeure Langelier, « les filles ont souvent plus de difficulté à se faire entendre : elles prennent moins la parole, mais elles sont aussi moins écoutées. Elles doivent faire leur place dans une équipe. » Pour se démarquer dans un milieu majoritairement masculin, les filles peuvent avoir le sentiment qu’elles doivent performer davantage. Une bataille quotidienne qui ne plaît pas à toutes.

L’importance des modèles

Les filles sont influencées dès leur plus jeune âge par les adultes qu’elles côtoient. Parmi eux, les enseignants du primaire et du secondaire jouent un rôle déterminant quand vient le temps de faire naître et de nourrir l’intérêt pour les sciences et la technologie. Il importe donc d’outiller le personnel enseignant pour qu’il soit confiant et qu’il ait du plaisir à enseigner la matière.

Si les filles développent peu d’intérêt pour les sciences et la technologie au primaire et au secondaire, comment peut-on espérer les voir poursuivre des études collégiales et universitaires dans ces domaines?

À cet égard, les modèles jouent un rôle incontournable. Et pour rejoindre les filles, les modèles féminins doivent être nombreux, diversifiés et accessibles : physiciennes, astronomes, mathématiciennes, cheffes d’entreprise, employées de la fonction publique ou entrepreneures. Autant de possibilités que de personnalités pour ces professionnelles en devenir.

Proposer différents modèles de femmes œuvrant en génie et en sciences constitue l’un des objectifs de la Chaire pour les femmes en sciences et en génie afin d’accroître la représentation féminine dans ces secteurs. Au cours des cinq prochaines années, la Chaire veut également sensibiliser les milieux de travail à la problématique de la sous-représentation féminine et démystifier les sciences et le génie, mais aussi outiller les enseignants sur des méthodes d’enseignement susceptibles de favoriser l’intérêt des jeunes (particulièrement des filles).

On ne peut nier que les carrières en génie et en sciences comportent des avenues très intéressantes pour les filles. Elles offrent de salaires compétitifs tout en étant stimulantes et enrichissantes. Les employeurs, de leur côté, ont tout à gagner à la diversité de genre dans leurs équipes puisque celles-ci deviennent ainsi plus performantes dans des secteurs souvent très concurrentiels. Bref, si tout le monde y gagne, le défi demeure de faire de la présence des femmes en sciences et en génie une priorité commune. Alors, aucun doute que les statistiques changeront!