Confiance

Confiance en soi : un lourd héritage

11 août 2016
Rédaction: Jonathan Duchesne

La confiance en soi ne se construit pas seulement avec un diplôme d’études universitaires. En dépit de leur haut niveau d’éducation, les femmes en manquent encore et toujours.

Cette lacune peut, en partie, expliquer qu’aux États-Unis – comme au Québec – elles gagnent, en moyenne, moins d’argent que les hommes. L’importance pour les femmes de bâtir la confiance en leur jugement et en leurs capacités s’avère essentielle afin qu’elles n’hésitent pas à s’affirmer sur le marché du travail.

D’emblée, une distinction s’impose entre l’estime de soi et la confiance en soi, maintes fois employées comme synonymes. Alors que la première repose sur la valeur que s’accorde un individu, la deuxième se développe dans l’action. Il n’est donc pas suffisant de construire une fondation solide, il faut y ajouter les murs et le toit pour assembler une maison complète. La confiance en soi se bâtit au fur et à mesure qu’une personne prend des risques, persévère à la suite d’un échec et cesse de viser la perfection.

Un comportement docile

En revanche, comme l’expliquent les journalistes Katty Kay et Claire Shipman dans The Confidence Code (paru en 2014), ce n’est pas ce que l’on enseigne aux femmes. Celles-ci apprennent très tôt à obéir aux règles et cherchent à être appréciées. Tandis que les garçons gagnent rapidement en confiance en pratiquant plusieurs sports, le système scolaire encourage les filles à adopter un comportement plus docile. D’ailleurs, un garçon qui transgresse les règles est souvent mieux perçu qu’une fille qui adopte une attitude semblable . Dès lors, l’audace des femmes, élément essentiel pour bâtir une meilleure confiance en soi, s’amenuise et demeurera chancelante tout au long de leur vie.

Une fois ce comportement acquis durant leurs années sur les bancs d’école, ces jeunes diplômées le répéteront sur le marché du travail. Elles entrent dans un cercle vicieux. Une majorité de femmes ne négocieront pas leurs salaires lors de l’embauche. Elles n’oseront pas non plus demander une promotion et travailleront davantage dans des secteurs à majorité féminine comme la santé et l’éducation.

Ainsi, chez plusieurs femmes, la confiance en soi stagne, et ce, dès un très jeune âge puisqu’elles hésitent souvent à poser des actions par peur de déplaire. Ce n’est pas que la base de leurs apprentissages soit mauvaise, c’est qu’on leur a appris dès leurs premières années de vie l’importance de ne pas « faire de la peine » aux autres.

Remettre en question les clichés

La confiance en soi chez les femmes serait-elle affaiblie par des attentes trop élevées envers elles? Fort probable puisqu’elles doivent répondre à plusieurs normes :

  • reproduire des stéréotypes sexuels;
  • prendre soin de la famille;
  • étudier passivement;
  • choisir un métier réservé aux femmes; et
  • contenir leur colère.

Dès qu’elles remettent en question ces clichés et ces stéréotypes, les femmes doutent puisqu’elles sortent du moule.

Le cas de Sheryl Sandberg, directrice des opérations chez Facebook, est évocateur. En dépit des succès de la femme d’affaires américaine, elle avoue se sentir régulièrement comme une usurpatrice dans un milieu dominé par les hommes. Elle travaille donc deux fois plus fort pour se préparer avant une réunion ou une conférence. Quant à Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), elle demeure anxieuse quand vient le temps de prendre la parole devant des hommes en dépit de son expérience.

Dans leur ouvrage, Kay et Shipman rapportent que lorsque des hommes se retrouvent majoritaires dans une réunion, les femmes ont tendance à parler beaucoup moins . En fait, dès qu’elles ne se comportent pas conformément aux attentes des pairs et qu’elles osent agir par elles-mêmes, les femmes se butent aux préjugés de la société.

Outrepasser les préjugés

Malgré les difficultés, des femmes réussissent à outrepasser ces obstacles et dirigent leurs vies professionnelles comme elles l’entendent. D’ailleurs, le monde de la politique offre bon nombre d’exemples de femmes n’ayant pas froid aux yeux. Elles n’hésitent pas à plonger dans un monde d’hommes empreint d’une culture politique archaïque. Ainsi, l’ex-politicienne Pauline Marois recevait quantité d’attaques quant à sa fortune personnelle dans les médias québécois tandis que le compte bancaire d’un politicien est rarement dévoilé sur la place publique. À l’heure actuelle, Hillary Clinton subit les foudres d’injures à caractère sexiste. Alors qu’elle souhaite débattre d’idées, des politiciens d’envergure, des journalistes et des citoyens s’acharnent sur son habillement, sa coupe de cheveux ou son ton de voix. La candidate à l’investiture démocrate doit faire campagne en justifiant constamment sa présence.

Que ce soit en affaires, en politique, dans l’armée, dans les sports et dans plusieurs autres domaines menés par des hommes, un lourd bagage social accompagne les femmes. Elles doivent travailler davantage pour bâtir et maintenir leur confiance. Aujourd’hui, de nouveaux clichés se sont emparés de l’inconscient collectif notamment en ce qui a trait à l’égalité entre les hommes et les femmes. Pour plusieurs, elle serait déjà atteinte. Bien que des faits et des statistiques prouvent le contraire, un regard sur le passé ajoute d’importantes données et alimente la réflexion.

La récente participation des femmes à la vie publique nous fait trop souvent oublier qu’elles font partie d’un groupe social historiquement opprimé. Avec l’avènement des études féministes dans les années 1960, les preuves quant au peu de considération de la femme sont accablantes. L’absence de femmes dans les ouvrages historiques sinon d’un point de vue masculin, l’infantilisation de celles-ci dans des brochures ou des manuels scolaires, leur présence disproportionnée dans les tâches ménagères, les rôles féminins stéréotypés au cinéma, les discours haineux et sexistes, pour ne nommer que ceux-là, faisaient partie de la vie quotidienne. Certes, les femmes en ont pris conscience au cours des années 1960, mais des traces du passé, toujours véhiculées par la famille, l’école et les médias, demeurent ancrées dans l’inconscient collectif.

Gagner en confiance pour redonner

D’ailleurs, elles sont encore loin de recevoir des faveurs de la part de la société, bien au contraire. La sociologue américaine Peggy Mcintosh centre ses études sur la notion de privilèges détenus par les hommes blancs au détriment d’autres groupes sociaux, dont les femmes. Elle conclut qu’un système de privilèges est au cœur de la société occidentale et travailler à réduire les inégalités doit devenir une priorité.

Voilà ce que bon nombre de femmes s’attardent à faire lorsqu’elles gagnent en confiance. Certaines publieront des livres pour expliquer leurs difficiles parcours tandis que d’autres donneront des conférences. Non seulement une grande confiance en soi permet de travailler dans le milieu professionnel désiré et d’obtenir le poste convoité, mais elle sert aussi à redonner. Elle agit tel un cercle, vertueux plutôt que vicieux. Ainsi, la confiance en soi permet de donner des outils aux plus vulnérables de la société n’ayant pas accès aux privilèges.

Tout compte fait, les femmes continuent leurs avancées tant sur le marché du travail que pour l’abolition des clichés en misant sur des actions concrètes, nécessaires pour bâtir leurs confiances en elles. Cependant, les embûches demeurent nombreuses lorsque vient le temps de mettre au défi le système toujours mené par des hommes. Des femmes telles Véronique Hivon en politique, Mariana Mazza en humour ou Sophie Brochu en affaires s’avèrent des exemples de détermination et deviennent des modèles à suivre. Celles-ci excellent dans leurs domaines respectifs et malgré les échecs, elles se relèvent. Grâce à de petites et grandes actions, une confiance accrue des femmes ne fera qu’améliorer la société et réduire les inégalités .