Stratégies de carrière

Le doute et la prise de risques

1 mai 2018
Rédaction: Jannick Bouthillette

Par définition, prendre un risque, c’est nécessairement s’exposer à un échec. Ou à un demi-succès, si vous trouvez le mot « échec » trop fort. Ou à un apprentissage, si vous êtes d’un naturel optimiste. Vous comprenez bien que le succès n’est pas garanti. Après tout, ce ne serait pas un risque si vous pouviez vous dire : « Ça va être difficile, je vais devoir mettre les bouchées doubles, mais mes efforts seront ASSURÉMENT récompensés. »

C’est pourquoi le risque, vient nécessairement avec le doute. Parfois la peur. Surtout si vous avez déjà vécu un premier échec.
Mais on doute de quoi au juste? Et comment se préparer à l’échec?

Les compétences

« Ai-je réellement les compétences pour postuler à cet emploi? Et si je bafouillais tout le long de cette présentation? Je n’ai jamais gérer un projet d’une telle envergure; et si je me plantais! »

Ces doutes, vous les avez assurément déjà formulés. Non seulement à vous, mais possiblement à vos collègues, votre patron, vos amis… Et il est normal de douter.

Lorsque Christine Poirier a envisagé la possibilité de lancer Mom’zelle, son entreprise de vêtements pour femmes qui souhaitent allaiter facilement en public, elle avait en poche un maîtrise en littérature. Elle n’avait jamais été entrepreneure. Elle ne venait pas d’une famille d’entrepreneurs.

La nouvelle entrepreneure ne s’est pas laissé freiner par son manque de connaissances. Elle a simplement décidé d’aller chercher les ressources disponibles là où elles étaient. Elle a beaucoup lu, a assisté à toutes les formations offertes par des regroupements de mode ou les instances municipales pour développer son plan d’affaires. Bref, elle a plongé progressivement dans l’aventure au fur et à mesure que le projet semblait présenter une réelle viabilité.

Christine a ensuite vendu son entreprise pour plonger dans le domaine politique. Encore une fois, sans tout un bagage d’expérience dans le domaine et sans réseau politique pour lui ouvrir les portes. Mais avec la même volonté qui l’avait amené à fonder Mom’zelle, elle a été présente à tous les rassemblements libéraux dans le but d’acquérir rapidement les connaissances nécessaires.

Cette démarche de documentation, de réflexion, de développement de son réseau, Chloé Freslon l’a également empruntée lorsqu’elle a décidé de prendre la parole pour qu’il y ait une plus grande diversité dans le domaine des technologies de l’information (TI). En près de 10 ans à travailler dans le domaine, elle voyait bien que les femmes ou les gens issus de la diversité culturelle étaient sous-représentés et qu’aucune amélioration n’était notable. Voilà ce qui a déclenché ce qui est devenu une mission pour elle. Parler de diversité en TI, rappeler qu’elle ne se produira pas d’elle-même.

Ces deux jeunes femmes ne possédaient pas les compétences qui nous semblent si essentielles avant de prendre un risque. Elles les ont développées. Malgré les doutes, mais parce qu’elles croyaient à leur mission!

Le bon timing

Ève Laurier, directrice générale d’Edelman, a refusé ce poste lorsqu’il lui a été offert. De son propre aveu, c’était pourtant l’emploi de ses rêves. Et c’est assurément une femme qui carbure aux défis, elle qui à 27 ans était VP marketing au cabinet comptable Richter. Mais la marche semblait haute en regard des compétences requises pour de telles responsabilités. Il aura fallu qu’on revienne à la charge quelques semaines plus tard pour qu’elle envisage accepter.

C’est qu’Ève avait alors un poupon de qui prendre soin. Et un poste où tant de compétences sont à acquérir demande nécessairement une grande disponibilité. Le timing ne semblait pas idéal.

Que faire lorsqu’un si beau défi se présente à vous, mais que, dans votre tête, il aurait été préférable que l’offre arrive dans trois ou quatre ans?

Vous devez faire une analyse aussi objective que possible de la situation. Que gagnerez-vous à prendre ce risque : de nouvelles compétences, un réseau, une confiance en vous? Et pourquoi refuseriez-vous un tel risque? Y a-t-il des solutions (soyez créatives lorsque vous les imaginez) pour transformer votre « non » en « oui »?

Ce qui peut sembler arriver au mauvais moment pourrait s’avérer un formidable tremplin pour votre avancement professionnel. Même si le succès n’est pas garanti.

Le spectre de l’échec

Tout comme il y a un large spectre de risques (de la prise de parole en réunion à l’acceptation d’un poste de grandes responsabilités), il y a également un large spectre d’échecs. Et nous ne sommes pas toutes égales devant la gestion du stress qui vient avec une prise de risques.

Bien souvent, l’important est de savoir prendre des risques qui nous permettent de progresser. Et, par conséquent, où nous nous sentons capables de gérer le demi-succès qui pourrait s’y rattacher.

Pour grande nombre d’entre nous, prendre la parole devant un groupe est une réelle prise de risques. S’obliger à parler en réunion, à défendre son point de vue malgré des opinions contraires est assurément risqué. Nous sommes souvent bien conscientes que le stress rendra nos premières allocutions moins éloquentes. Peut-on parler d’échec? Certainement d’un apprentissage, à tout le moins.

Lorsque Chloé Freslon a proposé ses services de chroniqueuse à l’émission radiophonique La Sphère, elle sortait assurément de sa zone de confort. Même si elle avoue que son premier reportage n’était pas le meilleur, pour elle, la glace était brisée. Le prochain serait nécessairement meilleur.

Savoir être indulgente envers vous-même est essentiel à la prise de risques. Personne ne peut être excellent du premier coup. Même ces collègues ou patrons que vous trouvez si persuasifs lorsqu’ils prennent la parole ont bafouillé à un moment ou à un autre.

Et dans certains cas, on pourra définitivement parler d’échec, car le résultat escompté ne sera pas au rendez-vous. Ce fut le cas pour Christine Poirier qui n’a pas été élue sous la bannière du PLC en 2016. La déception est grande, bien évidemment!

L’échec n’est pas glamour, mais il nous fait assurément avancer. Christine elle-même pourra en témoigner…


Joignez-vous à nous le Jeudi 10 mai, à 19h00 pour discuter de la prise de risque, du doute et de la peur de l’échec avec ces trois femmes inspirantes : Ève Laurier, Chloé Freslon et Christine Poirier.