Langage non verbal

Prenez conscience de votre présence corporelle

27 juillet 2017
Rédaction: Claire-Marine Beha

Imaginez-vous en entrevue : pouvez-vous prétendre être une personne capable de leadership si vous avez les jambes croisées, les épaules recourbées et la tête inclinée vers l’avant? Même chose si vous tentez de convaincre votre patron d’adopter un nouveau projet. On vous jugera d’abord sur la façon dont vous passez votre message bien avant de vous juger sur le message lui-même .

Mais que faire lorsqu’on pense ne pas dégager naturellement la confiance qu’on voudrait? Notre façon d’habiter notre corps peut-elle influer sur notre confiance?

« Fake it ‘til you become it »

La confiance en soi se provoquerait grâce à un changement des postures physiques. C’est l’opinion de plusieurs psychologues et chercheurs en communication non verbale, dont Amy Cuddy, une professeure en psychologie sociale à la Harvard Business School.

Lors de son célèbre Ted Talk, l’experte américaine rappelle que les positions du corps influent sur l’avis que les humains portent sur les autres. Mais plus encore, ces postures auraient également une incidence sur l’opinion qu’on aurait de soi-même. Et malheureusement, les femmes ont davantage tendance à se minimiser physiquement, affirme-t-elle.

La proposition d’Amy Cuddy est pour le moins inusité : adoptez des poses de pouvoir pendant deux minutes avant chaque événement stressant . L’effet serait direct sur votre estime de soi et permettrait une meilleure gestion de vos angoisses. Et ce, même si le geste ne vous semble pas naturel au départ.

Cette méthode devrait être répétée, jusqu’à ce que l’esprit oublie sa propre anxiété. « Fake it ‘til you become it », résume la professeure à Harvard.

La connexion et l’authenticité pour être présente

Mais si adopter une pose de Wonder woman avant chacune de vos prises de ne vous semble pas suffisant, que vous reste-t-il? Et puis, est-ce que le corps peut réellement changer le mental?

Nous avons posé la question à Carole Bitoun et Charmaine Leblanc, cofondatrices du Projet Red Rabbit, un collectif montréalais qui met en place plusieurs ateliers autour du langage corporel, de la confiance et de la découverte de soi.

Toutes deux déplorent également le fait de voir les femmes adopter souvent des postures d’infériorité par rapport aux hommes. Mais selon elles, la méthode des « power poses » n’est pas efficace universellement puisqu’elle véhicule des stéréotypes autour de l’idée d’une présence corporelle idéale. « Jane Fonda a dit ‘we are not here to be perfect, we are here to be whole’, il faut déculpabiliser, la perfection n’existe pas, relève Charmaine. Si une personne est vulnérable et touchante, et bien c’est ce qu’elle dégage, c’est son énergie. »

De plus, certaines postures jugées plus « croches » que d’autres n’empêchent pas un bon discours de passer, comme dans le cas d’une personne ayant un quelconque handicap physique.

Pour les instigatrices du Projet Red Rabbit, la présence corporelle est atteignable lorsqu’au contraire, on déconstruit les standards. « Les jeux de rôles, caricatures, interprétations : on n’y croit pas. On est éduqué à être formaté, mais il faut enlever ces couches qui ont été formées pendant plusieurs années de carrière », ajoute Carole.

Parmi les activités qu’enseigne Red Rabbit, le « masque neutre » est un exercice intéressant.

« C’est un outil du comédien, on met un masque sur une personne et là on ne voit plus que son corps, on voit si elle respire, si elle est à l’aise. Le reste des participants observe et prend des notes sur ce que la personne dégage. À la fin on fait un bilan : tu as l’air sûre de toi, arrogante, fragile, etc…, explique Charmaine. De le savoir, de se connaître, ça permet de reprendre conscience que c’est notre outil de travail. »

Pour Red Rabbit, la clef de la communication demeure la connexion. La connexion à ses propres émotions ainsi qu’à autrui. Une idée simple mais néanmoins indispensable au développement de la confiance en soi. « Il faut pratiquer sa posture oui, mais pas celle de quelqu’un d’autre! Il faut prendre conscience d’exactement qui on est pour savoir comment jouer avec ça! conclue Carole. Être vraie, consciente et LÀ, c’est ça la présence. »