Parlons d'argent

Je veux faire de l’argent

1 décembre 2016
Rédaction: Jannick Bouthillette

Je veux faire de l’argent!

Voilà, aujourd’hui, je fais cette sortie publique! Vous pouvez me juger, vous dire que mes valeurs sont questionnables, que mes motivations ne sont pas les bonnes. J’assume et je le dis haut et fort.

Bien sûr, ce n’est pas ce qui me motive, chaque jour, à développer Profession’ELLE. La mission même de l’entreprise est le carburant pour faire avancer la machine. Si je vois un jour un nombre plus grand de femmes parler d’argent, négocier leur salaire, afficher avec plus d’aplomb leadership et ambition, prendre conscience de la valeur monétaire de leur compétence, de leur dévouement et de leur créativité et prendre le temps de créer un réseau fort et actif, j’en vivrai une satisfaction infinie.

Mais pour moi, il serait incongru de vouloir sensibiliser un plus grande nombre de femmes à l’importance de considérer l’argent et prétendre que je n’y accorde aucune importance.

Pourquoi vous parler de cela aujourd’hui? Le 22 novembre dernier avait lieu la Journée internationale de l’entrepreneuriat féminin. Pour l’occasion, j’ai décidé d’aller assister à une conférence, non seulement parce que le sujet me touche personnellement, mais également parce que plusieurs des personnes gravitant autour de l’événement sont des femmes pour qui j’ai une réelle admiration.

Or, j’ai été abasourdie de constater que l’aspect financier était évacué de la discussion. Outre les défis liés à la recherche de financement, on n’y abordait pas la question de partenariats, de modèles d’affaires, de chiffres d’affaires, de projections financières. On en était encore à parler de confiance, de conciliation travail-famille et d’économie sociale.

Avant de me jeter la pierre, comprenez-moi bien… Je sais qu’il s’agit de défis bien réels pour les femmes. Ils ne me sont d’ailleurs pas étrangers. Je sais également que les femmes se sentent particulièrement interpellées par des entreprises à vocation sociale. Mais la précarité financière des femmes est un enjeu de société . Il y a un risque à perpétuer ce modèle de bonne samaritaine de l’entrepreneuriat.

Sur les quatre panélistes, deux d’entre elles possèdent des OSBL, une a fondé une coopérative (pour laquelle elle a, par ailleurs, amassé près d’un million de dollars de financement! Chapeau!) et la seule ayant une entreprise enregistrée semblait vouloir justifier – voire s’excuser – d’avoir choisi une telle formule. Pourtant, le parcours de Ramona Mincic (l’une des quatre panélistes) méritait d’être approfondi d’un point de vue financier. La jeune femme a mis sur pied, il y a plus de 12 ans, un centre de répit pour proches aidants. Rêver de mettre sur pied un tel lieu d’entraide, tout le monde peut le faire, mais placer une à une les pierres de ce projet qui pouvait sembler complètement fou, c’est loin d’être donné à tous. On aurait gagné à l’entendre expliquer comment elle est arrivée à vivre adéquatement de son rêve et à payer toute une équipe d’intervenants pour la soutenir.

Savoir rendre son entreprise viable, et éventuellement rentable, représente un énorme défi. Même pour des femmes avec une formation solide en gestion et en administration, la partie est loin d’être gagnée. Bien souvent, la pertinence de la mission de l’entreprise (surtout celle à vocation sociale) ne soulève aucun doute. C’est plutôt le modèle d’affaires et la capacité à créer des partenariats gagnants qui pose des difficultés, parfois insurmontables.

Personnellement, je n’ai plus le temps pour le syndrome de l’imposteur. Je me sens impostrice tous les jours. Nul besoin qu’on me le rappelle. Je me positionne dans l’action. J’avance. Parfois avec un foulard sur les yeux et les bras bien tendus devant moi, mais j’avance. Ce qui m’aiderait – et sans doute de nombreuses autres – c’est d’entendre mes consœurs nous dire ce qui leur a été le plus utile pour voir l’argent rentrer, pour cesser de voir petit.

Nous avons besoin de ces modèles de femmes qui embrassent le succès financier , qui en font une composante à part entière de leur projet entrepreneurial et non un sujet qui manque de noblesse parce qu’elles ne sont pas entrées en affaires par motivation financière. Le nombre de fois où j’ai entendu cet argument en parlant à des entrepreneures. Mais les hommes non plus ne sont pas devenus entrepreneurs avec unique mission de faire de l’argent , mais ont-ils honte d’exprimer qu’ils souhaitent un succès financier éclatant tout en ayant à cœur le projet pour lequel ils investissent temps et énergie? J’ai envie de m’inspirer d’eux. Pas vous?