Coaching

Assumer son imperfection

4 novembre 2016
Rédaction: Sophie Audet

Contrairement à la croyance populaire, le perfectionnisme ne correspond pas à un effort sain visant à s’améliorer et à atteindre des objectifs ambitieux. Il correspond plutôt à un désir d’être perçu parfait dans le but d’obtenir l’approbation et l’acception.

Ce système de croyance est autodestructeur puisque la perfection est inatteignable et qu’il n’existe aucune façon de contrôler la perception des autres, et ce, quels que soient le temps et l’énergie que nous investissons à y parvenir.

Brené Brown, chercheuse et professeure de psychologie à l’Université de Houston a effectué des recherches approfondies sur le perfectionnisme. Elle nous apprend que le perfectionnisme constitue un système de croyances voulant que si on a une vie parfaite, une apparence parfaite et des comportements parfaits, on peut minimiser ou éviter la douleur des reproches, du jugement, de la culpabilité et de la honte.

Les données recueillies par la professeure révèlent que nous avons tous à un moment ou à un autre une tendance au perfectionnisme. Pour certains, il n’émerge qu’en situation de grande vulnérabilité. Pour d’autres, il est compulsif, chronique, débilitant. Il s’apparente alors à une dépendance.

Chez les femmes professionnelles, ce système de croyance est particulièrement fréquent, comme l’exprime avec tant de justesse Reshma Saujani dans son Tedtalk intitulé : « Teach girls bravery, not perfection ».

Nous incitant à éviter ce qui pourrait nous rendre vulnérable, le perfectionnisme nous fait rater de belles occasions qui pourraient pourtant nous permettre d’apprendre et de progresser. Il constitue donc un frein important à l’épanouissement et à la réussite.

De plus, il fait ressentir de la culpabilité (ex. « j’ai fait quelque chose de mal dans mon travail »), de la honte (ex. « je suis inadéquate ») et crée beaucoup d’anxiété.

À partir du moment où nous devenons conscientes de ce qui précède, comment pouvons-nous sortir de ce piège? Voici quelques pistes.

Transformer notre idéal ambigu en objectifs mesurables

De manière concrète, que signifie pour nous l’excellence par rapport à notre travail? Quels critères devons-nous remplir pour nous accorder un 9 sur 10 par rapport aux aspects les plus importants? Ne sommes-nous pas les personnes les mieux placées pour évaluer notre performance? Comment espérons-nous atteindre l’excellence et en être satisfaits si nous n’avons même pas pris le temps de définir ce que cela signifie pour nous?

Transformer notre idéal ambigu en objectifs clairs, précis, stimulants, réalistes, spécifiques et mesurables nous permettra d’évaluer nos réalisations en fonction de critères définis et d’avoir une appréciation honnête de ce qui peut être amélioré.

Nous concentrer sur notre processus aura comme effet inévitable de nous rendre plus libre par rapport à l’opinion et au jugement des autres.

Développer le muscle de la compassion pour nous-mêmes

Pour venir à bout du perfectionnisme, nous avons besoin, d’une part, de reconnaître notre vulnérabilité par rapport au jugement et au blâme et, d’autre part, de développer notre résilience quant aux émotions désagréables que cela provoque, y compris la culpabilité et la honte.

Selon le Dr Kristin Neff, professeure et chercheuse à l’Université du Texas, la première étape pour atteindre cette résilience est de développer le muscle de la compassion pour nous-mêmes.

Ainsi, lorsque nous ne nous sentons pas à la hauteur, faire l’effort conscient de demeurer chaleureux, amical et compréhensif envers soi, plutôt que d’ignorer nos émotions négatives ou de nous punir pourra faire toute la différence.

Pour déjouer les mauvais tours de notre ego, nous pouvons nous demander comment nous agirions pour rassurer un ami se sentant inadéquat dans les mêmes circonstances. Ce petit exercice peut paraître simpliste à première vue, mais il est très puissant.

Par ailleurs, prendre conscience que l’autodévalorisation n’est pas une épreuve qui nous arrive uniquement à nous mais plutôt une expérience humaine qui n’épargne absolument personne peut également aider.

Faire face à ce que nous pensons de nos imperfections

Nous ne sommes pas la meilleure en tout et n’avons pas besoin de l’être. Lorsque nous nous sentons éclipsées par un talent ou un génie plus grand, un plus grand statut ou un plus grand accomplissement, arrêtons-nous immédiatement : la seule personne réelle en nous, c’est nous.

Il s’agit de quelque chose de fondamental puisque ce à quoi nous porterons attention sera nourri et évoluera. Ainsi, si nous portons attention à la comparaison, nous nourrirons un sentiment de frustration, d’insuffisance et d’insatisfaction.

Si nous avons le courage de nous faire face, quoi que nous pensions de nos imperfections, nous pourrons les accepter et nous améliorer.

Les recherches des deux dernières décennies ont démontré que le facteur déterminant du succès d’un individu n’est pas son intelligence ou ses compétences mais plutôt l’attitude de cet individu de persister face aux difficultés, d’apprendre et de se développer.

Il s’agit d’un constat énorme et très inspirant. En effet, embrasser le fait que nous pouvons évoluer et qu’il s’agit du critère le plus important du succès augmente la confiance en soi et le courage. C’est ce qui nous donnera l’audace de déposer le bouclier de la perfection, de devenir de plus en plus authentiques et de manifester le meilleur de nous-mêmes.