Coaching

Afficher sa volonté d’être cheffe

6 octobre 2016
Rédaction: Jannick Bouthillette

Qu’est-ce qui freine les femmes qui occupent déjà des postes leur ayant permis de développer de nombreuses compétences à se projeter dans le rôle de chef? Est-ce difficile pour la gent féminine de se donner le droit d’afficher ouvertement son ambition de vouloir occuper de tels postes de leadership?

Nous en avons parlé avec Maryel Sauvé, conférencière sur le leadership féminin et coach professionnelle, pour comprendre ce qui retient un grand nombre de femmes à se projeter dans un rôle de leader.

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Est-ce plus difficile pour une femme d’envisager occuper un poste de leadership? Les femmes font-elles de bonnes numéro 2? Est-ce ainsi qu’elles se perçoivent?

Ce sont de bonnes questions, et les réponses ne sont pas si importantes. Si les femmes en viennent à se poser ces questions, cela va déjà créer un grand changement.

Comme élément de réponse, je dirais : « Ça demande de se donner la permission de le faire. » Nous devons réaliser que nous sommes formées par notre environnement. Dans notre éducation, on doit avoir eu la permission de faire preuve de leadership. Avons-nous grandi dans un environnement où il était accepté qu’on soit numéro 2?

Lorsque j’accompagne des femmes dans la formation que je donne – Leadership au féminin –, la base de notre réflexion consiste à leur demander : « Qu’avez-vous envie de faire? Quelles sont vos valeurs? » En faisant cette démarche, les femmes peuvent s’aligner sur ce qui est important pour elles. Si elles s’aperçoivent que c’est de devenir cheffe, ou de devenir mairesse, elles peuvent alors se demander comment y arriver. Une fois qu’on a répondu à ces questions, tout est possible, autant pour un homme que pour une femme.

Face à ce désir, certaines choses peuvent être plus difficiles pour une femme que pour un homme, mais on a également des forces qui nous sont propres dans le leadership. Un bon leader, c’est autant de qualité masculine que féminine. Le modèle de leadership purement masculin – tel qu’il était conçu, c’est-à-dire autoritaire – ne tient plus la route. On favorise davantage un leadership participatif et relationnel, qui est un modèle qui sied bien aux femmes.

On croit souvent qu’aujourd’hui filles et garçons sont éduqués de la même façon. Pourtant, on a encore tendance à protéger davantage nos filles, on les inscrit moins dans des sports compétitifs. Quel est l’impact de cette éducation différente sur le leadership?

Les garçons qui jouent au foot tout jeune apprennent déjà toute la systémique d’équipe. Ces sports développent le leadership et la manière de prendre sa place dans un groupe.

Il faut comprendre que les filles, au départ, ont autant de détermination. Elles apprennent à marcher, à parler, ce qui demande définitivement de la persévérance, de la volonté.

Quand on éduque nos enfants, notre inconscient les outille différemment. Pensons à la petite fille au parc qui se fait enlever son jouet par une camarade. Lorsque la petite fille refuse qu’on lui enlève, son parent lui explique qu’il faut qu’elle partage alors qu’elle s’est affirmée. Si la petite fille pleure, l’autre parent va insister pour qu’on lui rende le jouet. On lui apprend qu’on obtient de meilleurs résultats en pleurant qu’en s’affirmant.

Éduquer nos filles pour les sortir des stéréotypes demande beaucoup de conscience. C’est en prenant conscience de nos doubles standards qu’on peut faire changer les choses.

Et il ne faut surtout pas négliger l’importance d’avoir des modèles. Des femmes politiciennes. Des mairesses. Et surtout, des femmes qui conservent leur comportement féminin et non des comportements calqués sur ceux des hommes.

Les femmes attendent souvent d’avoir la totalité des compétences requises pour poser leur candidature à un poste. Comment contrecarrer ce réflexe de vouloir tout savoir avant d’envisager se présenter comme candidate?

En coaching, mon approche est de demander : « Qu’est-ce que ça t’apporte de ne pas foncer avant d’être 100% certaine? Et qu’aurais-tu besoin pour agir malgré ton incertitude ». La personne a peut-être besoin de réaliser qu’on n’a jamais toutes les compétences, que lorsqu’on en a plus de 70%, tout le reste s’apprend dans le processus. Elle prend alors conscience que sa capacité d’apprendre reste intact par la suite et que c’est correct de ne pas tout savoir en arrivant à un nouveau poste.

Souvent, pour les femmes, ce qui nourrit la valeur qu’elles s’accordent, c’est d’écrire sur ce qui est important pour elles, sur ses valeurs. Selon des études auprès d’étudiantes de MBA, les femmes réussissent alors mieux parce qu’elles sont alignées avec ce qui a de l’importance à leurs yeux. Elles y puisent les réponses pour comprendre pourquoi elles font les choses. En quoi est-ce important pour elles et à quoi contribuent-elles? Ce n’est donc plus uniquement par rapport à soi, mais également par rapport à la cause qu’elles désirent servir. À ce moment, les femmes sont prêtent à avancer malgré le doute.

Par la suite, on regarde tout ce qu’elles ont actuellement comme ressource plutôt que ce qui manque. En réfléchissant de la sorte, on se rend alors compte qu’on a déjà de nombreuses compétences. On est peut-être trop focalisé sur ce qui nous reste à apprendre plutôt que sur ce que l’on a déjà.

Au final, l’objectif est d’aller dans l’action.

Certains postes exposent les candidates à une critique plus grande, particulièrement dans des postes publics (mairesse, chef de parti, chef d’une équipe). Comment gérer cette peur du jugement ou de la critique pour éviter qu’elle nous freine?

Il ne faut surtout pas la prendre personnelle. Les femmes ont souvent tendance à ne pas accepter le compliment, à le renvoyer plutôt vers l’équipe. Ce n’est pas moi, c’est mon équipe. Alors que l’homme va l’assumer.

Dans le cas des critiques, c’est le contraire. Les femmes le prennent davantage au niveau de l’identité alors que les hommes vont le prendre au niveau du comportement. En fait, une critique devrait toujours être prise au niveau du comportement. S’il s’agit d’un reproche face à ce qu’un parti politique n’a pas assez fait, c’est au niveau du comportement.

Quand on élève un enfant, on ne lui dit pas « Tu n’es pas gentil parce que tu tapes ta sœur », on va lui dire que son comportement n’est pas acceptable.

Pour les femmes, la façon de recevoir la critique et les compliments confond de le faire au niveau du comportement plutôt que de l’identité. Si je reçois un compliment, je dois apprendre à l’accueillir pour moi-même. Pour la critique, c’est un comportement : peut-être que j’aurais pu faire les choses différemment. Est-ce qu’il s’agit d’une critique valide?

Un conseil que je donne régulièrement est le suivant : plutôt que de prendre immédiatement une critique, imaginez que vous puissiez la déposer sur une table. Ça vous donne un moment de recul, ça vous permet de vous demander si la critique est bien formulée. Si elle est inexacte, dois-je rétablir les faits? Si elle est valide, vous pouvez alors vous demander ce qu’elle vous apporte et ce que vous pouvez faire différemment. Vous recevez alors cette critique comme une possibilité de faire les choses différemment et d’apprendre, tout simplement.

Dans l’arène politique, particulièrement, certaines critiques attaquent clairement la personnalité. Ces critiques ne devraient pas être formulées de la sorte. À cet égard, les femmes peuvent apporter à la politique une approche plus respectueuse.

Que peut apporter le coaching lorsqu’on décide de poser sa candidature à un poste où on se sent peu outillé pour?

Dans une démarche politique, par exemple, le coaching peut permettre de rester centrer sur : « Pourquoi c’est important pour moi? À quoi je veux contribuer? » On réfléchit alors sur les comportements qu’on souhaite adopter. Ces comportements vont être en lien avec ses capacités, ses ressources, ses habilités.

Nos stratégies sont développées pour être conformes à nos valeurs et à nos croyances. Connaître nos valeurs et s’y tenir permet de demeurer cohérent avec nous-mêmes.

Le coaching sert à mieux connaître notre « je » intérieur. Aller ancrer les ressources pour qu’elles soient là lorsque j’en ai besoin. Par exemple, lors d’un débat politique, il y a des ressources en programmation neurolinguistiques pour trouver nos ancrages et permettre de se sentir calme, en possession de ses moyens. Ce sera alors plus facile de prononcer un discours, de performer lors de rencontres.

Le coaching nous permet de travailler cette zone d’excellence. Dans le cas des femmes, je peux ainsi les aider à découvrir cette zone, ce qui facilite alors le « je » extérieur.

Le coaching c’est un accompagnement vers l’objectif de la personne. On le définit comme un catalyseur de changement qui va aider la personne à être dans un état de ressources. On développe la compétence intérieure qui se manifeste ensuite dans nos actions et nos interactions.