Brisons la glace

L’art du réseautage

27 septembre 2016
Rédaction: Annie Morin

On se tient loin de Marguerite comme si elle était enrhumée, le nez coulant et sans mouchoirs. À la dernière rencontre, on l’a vue distribuer sa carte professionnelle de toute part. Elle se présentait comme étant téléphoniste-auteure-productrice-peintre-et-maman-à-temps-plein. Marguerite déborde d’intentions. Sa bulle est pleine, on n’y voit rien, elle est trop lourde, elle roule trop vite…

On a tous une bulle qu’on se doit d’affiner, de soigner, de faire briller. On aime qu’elle pétille ou qu’elle voltige. Parfois, on voudrait qu’elle s’éclate. Et pour créer de l’effervescence, notre bulle a besoin de s’éclater parmi les autres. Pour pratiquer un bon réseautage, il faut se préparer. Marguerite doit jouer la transparence : se montrer telle qu’elle est, pas trop, pas moins, juste assez. Bien se préparer c’est savoir où l’on est, où l’on va et qui l’on est.

Où l’on est

L’année dernière, Marguerite a été mise à pied. Maintenant, elle s’aperçoit que les entreprises n’embauchent presque plus de personnel. Cette mouvance s’inscrit dans presque toutes les sociétés du monde. Le paradigme du salarié se dissipe pour faire place aux électrons libres. « Demain, nous n’aurons pas un patron, mais des clients. Il faudra être capable de naviguer de l’un à l’autre […] et savourer l’instabilité […] », annonce Julie Cailliau, rédactrice en chef du journal Les Affaires. Aussi bien souscrire à l’idée maintenant! Pour savourer l’avenir, il faudra savoir réseauter… Ça tombe bien, les clubs de réseautage foisonnent de popularité. Et s’il y a une telle effervescence, c’est qu’il y a un besoin réel. Toutefois, faire mousser sa carrière n’est pas toujours chose facile. Développer des relations professionnelles demande de la préparation et de la réflexion.

Où l’on va

Qu’il s’agisse d’une conférence, d’une formation ou d’un cocktail, comme Marguerite, vous voulez que ça lève, que ça pétille, que ça mousse. Pour ce faire, il faut se préparer. D’abord, il est bon de s’informer des personnes qui seront présentes. Cela peut vous permettre de bâtir des conversations stratégiques. Ensuite, exercez-vous à vous décrire brièvement. Qui êtes-vous? Qu’offrez-vous? Pourquoi avez-vous choisi ce club? Les gens sont là pour s’entraider. Ils sont attirés par ceux qui donnent et qui se donnent.

Marguerite avait tort de vider son sac à main, de garrocher sa carte professionnelle et de dénuder son nombril! « Parfois, il y en a qui m’étale leur menu au complet […] Après trois services, les gens ne vous écoutent plus… ils ne s’intéressent pas à tout ce que vous faites […] », avoue Ruth Vachon, présidente du Réseau des femmes d’affaires du Québec (RFAQ). Il convient d’ajuster le dosage. Outre le fait qu’on ne s’intéresse pas à toutes vos qualités, on s’intéresse encore moins à vos enfants, vos chats et vos bobos. Ce n’est pas la place… et mettez-vous à leur place!

Qui l’on est

Vous êtes là parce que vous avez besoin d’échanger et de partager. « Il importe de donner à la collectivité […]. Quand nous appauvrissons notre environnement, nous nous appauvrissons aussi comme individu. Personne n’évolue en vases clos! », écrit l’entrepreneure Danièle Henkel, la dragonne de Radio-Canada. Votre situation est précaire? Vous êtes gênée? Ne vous découragez pas. Il est possible, faute d’argent, que vous ne puissiez vous inscrire à un club. Le bénévolat peut remédier à cela.

Quant aux personnes timides, on peut y déceler quelque chose de très positif : elles savent écouter! Les gens se souviennent de ceux qui s’intéressent à eux. En considérant les autres, on franchit une étape importante : la création de liens. Et ne tardez pas! « On ne construit pas un réseau quand on en a besoin. On le construit tout de suite, pour offrir, pour donner », souligne Mme Vachon.

Une bulle c’est joli parce qu’on y voit au travers. La bulle dégage une légèreté et une transparence, elle dénote un esprit libre, aérien… à peine voilé. Attirez les gens plutôt que de les réclamer. Et pour les filles comme Marguerite, on dit que le RFAQ est le bon endroit pour « péter » sa bulle et la refaire. Selon sa présidente, c’est une excellente plateforme d’apprentissage. Marguerite doit faire le vide et se préparer pour mieux remonter à la surface…