Parlons d’argent

Le salaire est d’argent, mais la parole est d’or

11 août 2016
Rédaction: Annie Morin

Solliciter, revendiquer, réclamer un salaire… Dans une ère où le salaire des femmes devrait avoir atteint l’équité, on s’interroge à savoir pourquoi un certain retard plane encore. Notre temps – qu’on dit d’argent – a-t-il été arrêté par les hommes? Pas tout à fait. Si on veut remettre les pendules à l’heure, on ne peut que s’unir à nos compagnons pour reconnaître notre valeur.

Petite, votre fille admirait les princesses et cette richesse qui les habillait. Le rose la sublimait, les paillettes d’or l’émerveillaient et la fée des dents dirigeait la banque du monde. Aujourd’hui, votre fille a 30 ans. Elle est avocate, comptable ou musicienne. Elle gagne bien sa vie, mais n’ose pas en réclamer plus. Force est de constater que son attitude avec l’argent s’est ternie avec le temps.

La veille du 8 mars 2016, René Vézina, chroniqueur à Gravel le matin, rapportait sur les ondes de la Première chaîne que « le Canada n’arrivait pas à combler le retard salarial des femmes. […] Pour un dollar gagné par les hommes, les femmes gagnent en moyenne 73 cents ». En d’autres termes, il faudrait que l’année compte 15 mois pour que les femmes accèdent au même salaire annuel que celui des hommes. Une triste réalité qui touche en grande partie des postes hauts gradés. Sur le Web, en réponse à cette tribune, Pierre pense que ces chiffres sont issus de la propagande féministe, Jean dit que les femmes désirent le salaire sans les responsabilités et Jacques, lui, ajoute que les femmes sont toujours malades et qu’elles s’absentent tout le temps… Visiblement, notre ère passe mal!

Prendre la parole… et le salaire

Prendre la parole, déplacer de l’air. Ce n’est pas chose facile, mais ça vaut de l’or. D’une part, il faut être tenace pour discuter nos droits en présence de certaines gens. Dans une lettre où Jennifer Lawrence, actrice hollywoodienne bien connue, dénonce l’inégalité salariale qu’elle a subie, elle avoue que son désir d’être aimée a influencé sa façon de conclure son contrat avec Sony. Mais elle ajoute ceci :

Tous les jours, tout ce que je vois et entends, ce sont des hommes qui émettent leur opinion; j’exprime la mienne exactement de la même façon et en retour, on pense que j’ai dit quelque chose d’offensant. J’en ai assez d’essayer de chercher la façon qui pourrait être « adorable » de m’exprimer tout en restant aimable. Foutaise! Je ne pense pas avoir déjà travaillé pour un homme qui prenait le temps de trouver la bonne manière de se faire entendre. Il est entendu, c’est tout! [Traduction libre]

Il a fallu que Jennifer soit tenace, mais surtout qu’elle se remette en question avant d’en arriver là. Katie Roiphe, écrivaine, avoue que si elle avait pensé à demander une augmentation du temps qu’elle était professeure, elle aurait d’emblée rejeté l’idée. Comme s’il y avait quelque chose de honteux, de grossier. Katie n’est pas la seule. Le scrupule nous pend au nez… Selon une étude de la Carnegie Mellon University, publiée dans le New York Time, 12,5 % des femmes ont demandé plus d’argent contre 51,5 % chez les hommes . Qui plus est, pour celles qui ont osé, elles en ont réclamé 30 % de moins que les hommes. Alors? Quelles sont les solutions?

Alors à l’or pour l’équité salariale

Si notre salaire est d’argent, notre parole, elle, vaut de l’or. Plus nous prendrons parole, plus nous atteindrons l’équité salariale. Que nous manque-t-il? Les solutions sont là : prendre conscience des inégalités et encourager les hommes à embrasser la cause égalitaire. Heureusement, il n’y a pas que des montées de « laids » comme celles de Pierre-Jean-Jacques… Il y a aussi une montée en force des hommes qui veulent s’impliquer. Plus d’un prêche par l’exemple pour leurs enfants. Ça aussi, c’est précieux. On s’éloigne de l’époque où c’était seulement la mère qui apprenait à sa fille comment se battre subtilement. À la suite des récentes discussions, où on a trituré le mot féminisme, c’était sans prix de constater que bien des hommes s’affichaient féministes pour la cause.

Il faut continuer d’encourager l’instruction. Sans l’instruction, il n’y a pas de prise de conscience et sans cette lumière, le féminisme ne brillera pas. D’ores et déjà, certains obstacles ont été franchis, d’or et d’argent, il faut s’aider à tout prix. Par rapport au reste du monde, nous sommes des pionnières. Parlons franchement, parlons d’argent, parions parité.