Tissons des liens

L’indispensable réseau

16 août 2016
Rédaction: Annie Morin

Le réseautage est souvent perçu comme une activité inutile, superflue où l’on risque de perdre du temps. Ce qui s’avère le cas quand on connaît peu cette discipline.

Profession’ELLE s’est entretenu avec Ruth Vachon, présidente-directrice générale du Réseau des femmes d’affaires du Québec (RFAQ) afin de creuser la question. Voici un filon d’informations en vue de mieux réseauter.

Imaginez. Vous êtes, depuis longtemps, une personnalité influente et, bien sûr, on vous sollicite régulièrement pour travailler au sein de votre entreprise. Vous devez embaucher du personnel. Qui choisirez-vous parmi vos connaissances? Des personnes en quête de besoins ou celles empreintes de bienveillance? S’observer soi-même en se mettant dans la peau des autres, voilà un jeu de rôle à répéter le plus souvent possible…

Sur le banc, mais jamais seule

Quand on arrive dans une activité de réseautage sans préparation, sans objectifs, sans vraiment savoir où on est, on peut se sentir rapidement reclus. Ruth Vachon en sait quelque chose :

Ici, au RFAQ, nous savons comment accueillir les nouvelles, surtout quand elles sont seules. Une femme, trois minutes esseulée, c’est comme une femme abandonnée. Le réseau est une plateforme d’apprentissage. C’est un peu comme la « chambre des joueurs ». On vient s’exercer ici pour mieux se distinguer ailleurs. On gravit des étapes, on trace ses désirs, on s’entoure de gens qui répondent à nos propres valeurs. On y apprend à gérer en équipe, à s’impliquer dans un comité de gestion, à développer l’art de parler en public.

Par analogie au vestiaire, la présidente du réseau illustre bien l’importance de se préparer au monde des affaires. Repêchage, échanges, passes, entraînement, mises en situation, alliées… un travail d’équipe à ne pas négliger!

La mise au jeu

Quand vient le temps d’entrer en relation avec un groupe, ce n’est pas le temps de philosopher sur ses six chapeaux, de vanter ses trois métiers ou de ressasser ses dix-huit problèmes. Qui n’aime pas qu’on s’intéresse à ses réalisations professionnelles? Si l’on prend le temps de considérer la personne devant soi, naturellement on suscitera chez celle-ci de l’intérêt en retour. Mais, comme on peut le constater, cela demande du tact, du ton, du temps.

Il ne faut pas attendre d’avoir besoin d’un réseau pour en construire un. On le construit tout de suite, pour donner maintenant. […] C’est maintenant qu’il est bon de s’investir. Qui vous dit que vous allez encore travailler l’année prochaine? Les gens sont attirés par ceux qui se donnent à 100%.

Ruth Vachon ajoute qu’il faut savoir se présenter, se faire apprécier et afficher ses couleurs. Et s’intéresser aux autres, c’est une façon d’afficher ses couleurs! Quand on questionne les gens et qu’on en apprend davantage sur eux, cela permet de cibler ses propres objectifs; c’est à ce moment précis qu’il faut chercher en soi ce qu’on peut accomplir pour eux. C’est la mise au jeu stratégique qui aide à se relier au réseau.

Le réseautage, un plan de match profitable ou non?

« Qu’est-ce que réseauter peut m’apporter? » Cette question est importante, mais tellement embarrassante à poser. C’est pourquoi Profession’ELLE l’a fait pour son lectorat, en sachant très bien ce qu’en pensait la femme d’affaires :

La question qui m’ennuie : « Qu’est-ce que ça peut m’apporter de réseauter? » Dit comme cela, ça n’apporte rien. On ne vient pas ici juste pour obtenir un contrat, on vient ici pour tisser des liens, pour s’entraider. Quand certaines arrivent en tendant seulement les bras, les gens les voient venir assez rapidement…

Encore là, et le tact, et le ton, et le temps. Toutefois, lorsqu’on débute, se poser cette question demeure tout à fait normal. Quand on y réfléchit plus sérieusement, force est d’admettre qu’il y a du chemin à faire pour recevoir de l’aide. Un bon plan s’impose.

Investir et s’investir… faire équipe avec ou sans les hommes?

Puisque le milieu des affaires est davantage associé au monde masculin, certaines pensent qu’on risque de se fermer à la moitié des occasions favorables en adhérant à un réseau exclusivement féminin. Ce qui est tout faux.

D’abord, il n’est pas dit qu’il faut faire affaire avec un seul réseau. Ensuite, le nombre de réseaux féminins qui a crû depuis ces cinq dernières années est significatif. Si ce n’était pas un besoin criant, les gens n’en feraient pas autant. De plus, près de la moitié de notre comité consultatif est constitué d’hommes. Bien qu’axées sur les entreprises à propriété féminine, les activités du programme du Développement économique féminin (DEF) du RFAQ sont soutenues par autant d’hommes que de femmes.

D’autres disent qu’elles n’ont pas les moyens d’investir autant d’argent ni d’investir autant de temps. La situation économique est difficile, certains réseaux coûtent cher et le temps, c’est de l’argent.

Réseauter, c’est travailler. Réseauter, c’est prendre deux heures de son temps pour en gagner dix. La personne qui s’inscrit à un réseau ne doit pas calculer le montant que lui coûtera son adhésion, elle doit penser à l’avocate qui lui apportera des conseils, à la comptable qui lui donnera un coup de main, à cette professionnelle qui pourra la guider. Tous ces conseils auxquelles elle a accès, ce sont des centaines de dollars économisés.

En somme, tisser son réseau c’est s’activer, sortir et partager. Les professionnels du domaine social et communautaire l’ont compris depuis longtemps. Pas de sortie, pas de réseau, pas de collectes de fonds. Donner, c’est gratifiant tout au long de sa vie. Ça vaut vraiment le coup de patiner un tant soit peu pour arriver à ses « buts »!